Une maison qui ne passe pas inaperçue à Bombaye

Une boite en aluminium posée dans la campagne

Construire? Oui mais quelque chose d’ultra contemporain, sinon rien. Ce couple de Bombaye a jeté son dévolu sur un cube design, dessiné par l’architecte Luc Spits.

Les automobilistes l’aperçoivent depuis la grand route. Les curieux rôdent autour du terrain. Les badauds pensent à première vue qu’il s’agit d’un hangar… Qu’on l’aime ou non, la maison de Caroline et David Legros fait parler d’elle. Il faut dire que, parmi les petites fermettes et simples maisons en briques, cette habitation ne passe pas inaperçue. Et comme dans tout petit village qui se respecte, elle suscite les commentaires. De l’avis même des propriétaires, il faut pénétrer dans la maison pour la comprendre. D’aspect extérieur, elle se présente comme un bâtiment très étroit et fermé. La réalité est toute autre: l’habitation se développe en longueur et est très ouverte vers l’extérieur. La façade latérale est presqu’entièrement vitrée. Le couple bénéficie d’une vue très dégagée sur des zones agricoles. Pas de voisins à l’horizon, donc.

Les propriétaires ont poussé très loin le côté industriel du bâtiment, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Pourtant, la maison est loin d’être froide. Et bientôt, un nouveau petit habitant l’ensoleillera davantage…

Double cube – Lassés des toitures à double pentes, Caroline et David Legros voulaient absolument un cube. Une volumétrie simpliste, qui permet aussi de réduire les coûts budgétaires. À l’intérieur, l’architecte a inséré un second cube, qui contient tout l’espace de vie. Le couple ne voulaient pas que les visiteurs arrivent directement dans les pièces principales. Luc Spits a dessiné un long couloir qui suit la façade nord, et est éclairé par un fin bandeau vitré. Parallèlement au couloir, s’alignent le salon, la salle-à-manger, la cuisine et une petite buanderie.

Matériaux bruts – Outre le parement en aluminium, d’autres matériaux industriels sont volontairement restés apparents. Structure métallique et hourdis font partie intégrante de l’aménagement intérieur. Dans la même optique, les propriétaires ont choisi le béton lissé. L’escalier en béton souligne la philosophie de l’habitation. Livré d’une seule pièce, il a été installé avant même que la maison ne soit refermée! La grande baie orientée plein sud apporte lumière et chaleur, nécessaires pour contrecarrer cet aspect brut. Cette façade vitrée est dans la lignée industrielle du bâtiment, avec des portes coulissantes et des châssis en aluminium.

Maison évolutive – Selon le désir du couple, l’architecte a laissé un large espace béant au-dessus de la salle à manger. Si les propriétaires le désirent, ils pourront un jour récupérer cette surface pour en faire une pièce supplémentaire. En attendant, ce «trou» procure une importante sensation d’espace. Autre élément évolutif de la maison, son aspect extérieur: si le couple se lasse de ce parement alu, il peut revenir avec un autre matériau au-dessus.

Petit pont de bois – Seul élément en bois, cette fine passerelle reliant les 2 parties de l’étage. D’un côté, la salle de bains et une chambre d’enfant. De l’autre, la chambre parentale et la mezzanine, occupée par un bureau. Cette passerelle – que l’architecte voulait en caillebotis retournés! – présente une astuce: en bois ajouré, elle filtre la lumière venue du bandeau vitré dans la toiture.

Rose peps – La touche de couleur provient de la cuisine: les murs ont été peints dans un rose pétant qui illumine le rez-de-chaussée. De quoi voir la vie en rose, plutôt que gris!

 

Questions à l’architecte

Quel type d’architecture pratiquez-vous?

Mon but est de faire autre chose, surtout de ne pas tomber dans une architecture répétitive. J’essaye toujours de me différencier. Et puis, je suis provocateur, je le revendique. Mon objectif est de provoquer les gens, de les amener à une ouverture d’esprit. Je veux oser, montrer qu’il existe autre chose. Mon style architectural peut être qualifié de cartésien. En regard de l’architecture internationale, ce n’est pas tellement original. Quand vous voyez de grands architectes, comme Le Corbusier ou, plus actuel, Calatrava, ils ont d’abord choqué avant d’être acceptés et reconnus.

Ne craignez-vous pas de construire des maisons qui ne s’intègrent pas dans le paysage?

La question de l’intégration reste purement subjective. Lorsque l’on construit, on vole toujours quelque chose du paysage. Aucun bâtiment n’est réellement intégré. Pour ce projet, nous avons opté pour une volumétrie simple. Et puis, le parement en aluminium va grisonner avec le temps. En Belgique, nous avons la chance d’avoir une architecture très diversifiée. Nous pouvons nous permettre d’aller assez loin dans l’originalité. Ici, j’ai eu de la chance de tomber sur des gens prêts à pousser très loin l’architecture.

Ne craignez-vous pas de construire des maisons qui ne s’intègrent pas dans le paysage?

La question de l’intégration reste purement subjective. Lorsque l’on construit, on vole toujours quelque chose du paysage. Aucun bâtiment n’est réellement intégré. Pour ce projet, nous avons opté pour une volumétrie simple. Et puis, le parement en aluminium va grisonner avec le temps. En Belgique, nous avons la chance d’avoir une architecture très diversifiée. Nous pouvons nous permettre d’aller assez loin dans l’originalité. Ici, j’ai eu de la chance de tomber sur des gens prêts à pousser très loin l’architecture.

 

Questions à la propriétaire

Pour quelles raisons avez-vous choisi de travailler avec Luc Spits?

Nous connaissons cet architecte depuis longtemps, il est de la région. Nous savions qu’il pouvait réaliser des projets très particuliers, tout en respectant nos contraintes budgétaires.
Nous avons de suite été vers lui. Il était heureux car il a bien senti qu’avec nous, il pouvait y aller franchement. Et il s’est bien lâché!

Vous a-t-il conseillé pour la décoration intérieure? Il nous a guidé pour les luminaires: nous avons joué sur les effets. Pour le reste, Olivier qui est graphiste, a dessiné les meubles. Nous avons opté pour un grand dépouillement.

Le côté industriel n’est-il pas dérangeant?

La maison peut paraître froide, mais ce n’est pas du tout le cas. On ne ressent jamais cet aspect industriel. Et le chauffage par le sol coupe le froid du béton lissé. Bien entendu, il faut aimer. Beaucoup d’amis n’imaginent pas du tout vivre ici…

Article: L’avenir – Sophie Liégeois – 26.08.2008