Architectes belges éminents

Un minimalisme maximal

Une architecture contemporaine sans fioritures qui puise sa force et sa beauté dans ses lignes pures, ses volumes clairs, ses matériaux solides et son aménagement fonctionnel. La démarche de Luc Spits est minimaliste, un minimalisme qui cherche à aller plus loin… Mais le projet qui dévoile encore le mieux la signature et la mission de l’architecte, c’est probablement sa propre maison située dans la région de Visé.

Des volumes où le léger et le massif s’équilibrent

Luc Spits a baptisé la maison qu’il a imaginée pour sa famille “Le Cube Blanc”. La façade à rue se présente comme un geste fort. Au premier abord, la forme simple, épurée semble “pure”, robuste et fermée. La façade est très haute, volumineuse, d’une longueur de 29 mètres et presque totalement murée. En même temps, la composition de l’ensemble paraît légère et intemporelle : la lourde structure en béton armé est camouflée derrière une brique claire, de l’aluminium laqué blanc, du verre et de la pierre bleue. Toute la maison a été réalisée dans ces matériaux.

Parcimonieuses mais fonctionnelles, les fenêtres en façade créent elles aussi une composition tout en légèreté avantageusement complétée d’interventions paysagères destinées à adoucir le côté massif de l’édifice : des arbres à gauche et à droite ainsi qu’une large haie qui renforce les lignes architecturales.

Ce premier volume parallèle à la rue est agrémenté sur sa gauche d’un deuxième volume en L perpendiculaire à la rue. L’intersection des volumes offre en façade un bel espace pour un carport.

À l’arrière, la face interne du L est presque entièrement verrée, ce qui crée une ouverture vers le jardin, la belle campagne et le sud. Le premier volume semble comme porté par le verre. Le rez-de-chaussée, où se situent les pièces à vivre, a été massivement vitré. L’étage a lui aussi été habillé de briques claires, ce qui donne l’impression que le lourd volume en brique flotte dans les airs. De construction massive, l’imposante portée située à hauteur de la terrasse créée devant le séjour a elle aussi été allégée grâce à ce principe du “flottement” : elle est maintenue en équilibre grâce à la construction en béton armé qui fait office de contrepoids. Quant au deuxième volume, qui accueille une piscine intérieure au rez-de-chaussée et un bureau à l’étage, il a été entièrement réalisé en verre et entrecoupé de quelques fines lignes d’aluminium blanc. Ce volume semble presque vulnérable, tellement il est léger par rapport à la façade à rue !

L’effet de la simplicité

Le concept à la base de cette habitation est clair : créer une fermeture à rue et une ouverture vers le sud et le paysage.Un contraste palpable quand la porte d’entrée s’ouvre. La structure un peu brute, fermée de la façade se déploie jusqu’à laisser un sentiment de pureté, de simplicité, d’espace et de lumière. La lumière du jour inonde l’intérieur grâce aux vitrages et aux espaces vides. Elle se réfléchit dans cet intérieur presque tout blanc aux contrastes foncés, ce qui crée des jeux d’ombre et de lumière dans cette spatialité royale caractérisée par des plafonds de 3,20 mètres de haut et une superficie au sol totale de 1.500 m2.

À l’intérieur, les deux volumes de l’habitation sont reliés par des espaces de circulation. Le premier volume possède un corridor qui s’étire sur toute la largeur de la façade avant. Au rez-de-chaussée, ce corridor donne accès à la cuisine et au séjour grâce à deux grandes portes vitrées pivotantes. À l’étage, auquel on accède via un escalier situé derrière la cuisine, les trois chambres à coucher (des parents et des deux enfants) ainsi que les deux salles de bain sont disposées sur toute la longueur du hall de nuit. Le deuxième volume relie la piscine avec le bureau situé à l’étage au moyen d’un escalier en colimaçon. Ici, le cube blanc devient un cube en verre.

Le blanc est prédominant à l’intérieur : murs, faux plafonds avec éclairage intégré, plans de travail dans la cuisine et travaux sur mesure. Il permet à la lumière d’inonder l’espace et d’entrer en dialogue avec les grandes dalles de pierre bleue foncée du rez-de-chaussée qui s’étirent jusque sur la terrasse extérieure, estompant encore davantage les limites entre intérieur et extérieur. Plan d’eau et éléments en béton entraînent le regard vers le jardin et les campagnes, créant ainsi une sensation de liberté absolue.

L’intérieur est une succession d’espaces spectaculaires mais en même temps, il respire une incroyable clarté et simplicité. L’architecte a détaillé chaque millimètre de façon très précise, en étant attentif à toute une série d’éléments : pertinence, fonctionnalité, agencement, technique et facilité d’entretien. Outre le choix des matériaux, l’aménagement contribue donc aussi à créer un espace durable et intemporel. Luc Spits : “J’aime les travaux hyper bien finis, de la conception à l’exécution.

À ce niveau, je suis vraiment un perfectionniste. La finition précise de chaque détail, qui résulte de nombreuses heures de préparation, crée un ensemble sobre et épuré dans lequel se fondent les détails. Derrière cette simplicité qui fait directement appel aux émotions se cache en réalité une grande complexité”.

L’architecture semble donc s’évincer au profit de la liberté. Luc Spits :“Je viens de la campagne et j’ai besoin de ce contact avec l’extérieur grâce aux fenêtres, à l’espace et à la lumière. Dans un restaurant, par exemple, je recherche autre chose. Mais dans ma maison, ce que je cherche, c’est un sentiment de liberté”.

Minimalisme et émotion

Le Cube Blanc reflète le minimalisme pragmatique de Luc Spits, dont le regard sur l’architecture et le design rappelle la tradition de Le Corbusier, Ludwig Mies van der Rohe et Marcel Breuer. En architecture contemporaine, ses références sont surtout Tadao Ando et Zaha Hadid. Luc Spits se qualifie de minimaliste mais aussi de provocateur : “Ce que je recherche, c’est le minimum. En architecture, vous pouvez toujours ajouter des choses; par contre, il est difficile d’en retirer. Mais l’architecture doit aussi porter une force en elle. Parfois, il y a des créations non traditionnelles qui sortent de l’ordinaire et provoquent peut-être un froncement de sourcils au premier regard et pourtant, elles deviennent les monuments du futur. Et parfois, d’autres réalisations paraissent à première vue innovantes mais deviennent vite ennuyeuses. L’architecture que nous faisons doit résister au temps, pas seulement au niveau des matériaux mais aussi de la forme. À ce niveau, oui, on peut me qualifier de minimaliste extravagant ou excentrique. Je ne cherche pas à choquer – même si cela arrive – mais à donner de l’énergie via l’architecture; vous devez le sentir, vous devez en retirer du bonheur”.

Cela fait 27 ans que Luc Spits (50 ans) travaille comme architecte. Son goût pour l’architecture s’est aiguisé lors de son premier stage chez Jan Drieskens et Jos Dubois à Hasselt. Il possède un bureau à Visé depuis 1999 : Luc Spits Architecture. Il emploie une dizaine de collaborateurs : sept architectes, deux architectes d’intérieur et un responsable de bureau. Un autre bureau a ouvert ses portes à Knokke. Outre la construction de maisons d’habitation et de villas, le bureau se consacre (entre autres) aussi à la construction de logements groupés.

Voir le projet en entier

Article: Plan Magazine – Stijn Servaers – 05.08.2015